Remue Méninges - Grenoble août 2014


Demain est à nous !
  • "Le problème n'est pas de rassembler la gauche : c'est de fédérer le peuple !"
  • "Nous avons un candidat pour 2017 : la 6e République !"
  • "Le système n'a pas peur de la gauche : il a peur du peuple !" 
  • "2017 sera une insurrection !"

La vidéo
 Audio

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« Non pas rassembler la gauche,
mais fédérer le peuple »
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Le peuple et la démocratie du même pas

« La peur doit changer de camp », a annoncé sous les applaudissements le dirigeant de Podemos, Inigo Errejon. La peur comme instrument de contention, c’est une arme utilisée aujourd’hui par l’oligarchie pour contraindre les peuples à accepter la précarité, le chômage, des perspectives de misère à perte de vue… Mais on sait aussi que les droits des peuples ont été arrachés par la peur qu’ils inspiraient aux classes possédantes. « Pour qu’on puisse reconstruire le pays, les riches doivent avoir peur du peuple. » Le moyen de la susciter est imparable. Il suffit que le peuple décide de s’occuper de ses propres affaires. Podemos fait du peuple, de son affirmation un processus de construction politique. Le peuple n’est pas une donnée préalable ou ethnique. Il se constitue dans et par l’exercice de la démocratie.
De quoi apporter de l’eau au moulin du dernier débat des Remue-Méninges 2014, dont le thème est « Qu’ils s’en aillent tous, vive la constituante ». Le Tunisien d’Al Qotb, Samy Ben Chaabane, sait de quoi il retourne pour avoir été un acteur de ce mouvement pour une constituante dans son pays. Mais en France, la nécessité d’une nouvelle constitution est tout aussi impérieuse. Il suffit d’entendre Françoise Martres, présidente du Syndicat de la magistrature qui fait le constat d’une justice qui échappe au citoyen. Ou bien Mathilde Morachinni qui a étudié soigneusement les très en vogue PPP (Partenariat-Public-Privé), structures très propices à la corruption sous toutes ses formes pour en tirer une conclusion claire et nette, par la bouche de Raquel Garrido qui anime le débat : « nous ne sommes pas en république. » Et ce n’est pas forcément l’attente populaire qui fait défaut. Elisa Martin du PG qui a porté avec l’écologiste Eric Piolle une liste citoyenne qui a remporté les municipales à Grenoble aime à le souligner. La recette de la victoire n’a pas été si compliquée : « un programme d’intérêt général et une forte implication populaire. »

Alors quoi ? « Le problème, ce n’est pas de rassembler la gauche, c’est de fédérer le peuple qui se désintéresse aujourd’hui aussi bien de la gauche que de la droite », explique Jean-Luc Mélenchon dont l’intervention clôt l’université d’été 2014. Il prendra quelques minutes pour s’amuser du feuilleton médiatique de l’été qui l’a fait démissionnaire, à la retraite ou/et selon les variantes, dépressif mais revient vite au cœur du problème. Les dernières élections ont montré « l’insurrection froide » de l’électorat qui s’est abstenu à la proportion inimaginable de 60% de tout suffrage. Comment dans ces conditions d’une telle « grève civique » envisager de vouloir rassembler une gauche si massivement désavouée.

A juste titre car comme le rappelle l’orateur, la politique austéritaire de François Hollande, c’est 90 milliards d’euros de cadeaux aux patrons, sans contrepartie, payés par les citoyens, sous la forme d’impôts (directs et TVA), de coupes budgétaires, de suppression de services publics… Un scandale qui se mesure par l’augmentation de 30% des revenus des grands patrons et des dividendes et par le fléchissement et le recul des investissements dans les entreprises…
« Il faut donc changer la règle du jeu. » La 5e République, dont la constitution a déjà été amendée près d’une vingtaine de fois depuis 1958 et dans l’ensemble sans que le peuple ait eu son mot à dire, est à bout de souffle, les présidences Sarkozy et Hollande, à la fois pathétiques et brutales, l’attestent. Mais une participation populaire massive s’avère indispensable. Il faut convaincre « le peuple français de se mêler de cette affaire ».
L’urgence est là de répondre à des politiques économiques et écologiques totalement irresponsables. « La dette ne sera jamais remboursée », insiste Jean-Luc Mélenchon. Les intérêts l’alimentent sans cesse et les sacrifices réclamés par les orientations austéritaires sont vains. Le peuple n’a que la misère, la souffrance à en attendre. L’affaire ne s’arrête pas à la voracité, à la cupidité élevée au rang de principe supérieur, elle inclut la myopie et l’inconscience. Les mesures écologiques minimums que les gouvernants devraient prendre de toute urgence sont repoussées aux calendes grecques quand elles ne sont pas posées elles aussi sur le tapis du casino (vente et achat de droits de polluer !).
Il faut donc changer la règle, en imaginer et en rédiger une nouvelle. « C’est au peuple de décider » et il n’y a pas que le Parti de Gauche qui le pense. « Il s’agit donc de le mettre en action. » Ce mouvement qu’il faut impulser dépasse les partis. « Nous allons nous inspirer des expériences de nos camarades espagnols. En 2017, ce ne sera pas une élection mais une insurrection : nous avons un candidat qui est la 6e République. » La constituante devra conjuguer la stabilité des institutions et veiller à garantir l’initiative et la souveraineté populaire avec vraisemblablement la possibilité d’un référendum révocatoire. Pour que le pouvoir vienne du peuple et lui reste.
« Le système a peur du peuple. Nous allons le mettre en mouvement. »

Jean-Luc Bertet
 Jean-Luc Bertet

Jean-Luc Bertet

Le peuple et la démocratie du même pas

Dans le hall de l’université Stendhal de Grenoble-Saint Martin d’Hères, ou sur le campus en profitant du soleil et en sirotant café ou cola bio, les participants aux différents débats du Remue-Méninges échangent pendant la pause leurs impressions. Un troc un peu frustrant car il apparaît toujours qu’on vient de rater quelque chose. Comment en effet choisir judicieusement entre un grand débat sur « L’écosocialisme, nouvelle doctrine de l’émancipation humaine », et celui de « Jaurès à Robespierre, histoire et hégémonie culturelle » ? Peut-être en optant pour le troisième, « L’appropriation populaire du politique en Espagne ». Il s’agit de toute façon des pièces du même puzzle. Si on combine ce dernier choix - au hasard - avec la « Réforme territoriale ou la 6e République » remettant à une autre fois « Les multinationales contre le peuple : non au GMT » ou « Quelles mesures d’urgence pour l’emploi », on parlera beaucoup de démocratie : comment la sauvegarder, la promouvoir avec des problématiques parfois différentes, parfois cousines des deux côtés des Pyrénées.
Inigo Errejon est l’intervenant idéal pour analyser l’excellente surprise de Podemos. Il en a été le directeur de campagne pour les dernières européennes. Le mouvement créé en janvier dernier, transformé en parti en mars a totalisé 1,3 million de voix et obtenu 5 sièges. Il s’est imposé en quatre mois d’existence comme la cinquième force politique du pays. Depuis les élections de mai, des études l’ont même hissé à la 3e voire la seconde place. Un premier congrès devrait se tenir en octobre mais dans l’intervalle de trois semaines - sans attendre l’élaboration de statuts -, les adhésions se sont multipliées pour atteindre la barre des 100 000 adhérents…

Pour Inigo Errejon, ce succès est le fruit d’une reformulation stratégique. La décomposition de l’ordre politique espagnol a bousculé le positionnement de l’opposition. La conception selon laquelle il faut capitaliser par les élections l’accumulation lente et progressive du mécontentement n’a plus cours. « Nous n’aurions pas existé sans le mouvement des Indignés. Nous sommes allés dans les rues, sur les places, à la rencontre des gens pour comprendre ce qu’il se passait. Et nous nous sommes adaptés » en privilégiant tous les processus de construction populaire. Les élections ont été un moment de ce processus et non pas le reflet d’un rapport de forces antérieur. D’ailleurs l’analyse de l’électorat de Podemos montre selon Inigo Errejon que ce sont les électeurs des partis traditionnels qui auraient massivement apporté leur suffrage. Il s’agit donc de leur permettre de se constituer en force autonome, démocratiquement en redonnant un sens concret à des termes tels que « démocratie », « nation »… Les cercles thématiques (travail, éducation, santé…) ont explosé et sont loin d’être tous recensés. Ils sont très hétérogènes mais ils ont en commun la qualité de redonner un sens à l’implication politique. « On n’arrête pas de créer des trucs techniques sur Internet dont s’emparent les gens. Pour voter, un portable suffit. C’est un pari risqué mais on voulait prendre des décisions en contact avec les adhérents et ils n’ont pas tous la possibilité d’être présents à tel moment ou de donner plusieurs heures par semaine. »
La bataille pour les élections européennes a recréé des espaces dont Podemos veut occuper le centre avec pour perspective, gagner les élections et contribuer à (re)construire un peuple. Le terme de Podemos (nous pouvons) est en soi un programme, celui de redonner confiance dans une alternative que les néolibéraux et les sociaux-démocrates déclarent à chaque occasion impossible.
Ce lien entre peuple et démocratie est également le fil rouge du débat a priori technique sur la « Réforme territoriale ou la 6e République ». Elle est encore assez imprécise mais la philosophie de ses grandes lignes semble suffisamment claire. Globalement, comme l’a exposé Nicolas Kada, professeur de droit public et directeur du Centre d’Etudes et de Recherche sur le Droit, l’Histoire et l’Administration, il s’agit de réduire les régions de 22 à 13 au 1er janvier 2016, d’imposer une intercommunalité (avec une population minimum de 20 000 habitants au 1er janvier 2018 contre 5 000 aujourd’hui) et de supprimer les assemblées départementales que sont les conseils généraux en 2020. Ce qui s’apparente à un dépeçage lent, mais persévérant de la démocratie locale.
Les intervenants exprimeront tour à tour leur perplexité devant les arguments avancés pour justifier cette réforme, que ce soit ceux relatifs à la taille (soit-disant trop petite) des régions ou le coût fantasmé du « mille-feuille ». Cécile Cuckerman, sénatrice PCF, souligne elle que, significativement, le mot décentralisation a peu à peu laissé place à celui de « réforme territoriale » dans le discours gouvernemental. Ce changement de vocabulaire est à prendre au pied de la lettre : la décentralisation induit un rapprochement du pouvoir et du citoyen totalement en opposition avec une réforme du territoire qui tend à éliminer en les diluant dans de vastes ensembles par ailleurs loin d’être homogènes les pouvoirs locaux définitivement hors de portée du citoyen lambda. Les répercussions seront sensibles à tous les niveaux de la vie quotidienne de chacun avec la disparition de services publics et leur remplacement partiel par le privé si rentabilité il y a.
Pascal Troadec (maire adjoint PS) voit dans l’opération de cette « mère des réformes » selon Valls la volonté technocratique de substituer au champ du politique celui de l’administratif. Mathieu Dupas qui enseigne le droit constitutionnel et parlementaire dans le même esprit souligne que cette réforme vise à casser l’idéal républicain. En ce sens, il s’agit bien d’une réforme (dé)structurante dont le but ultime ne pourra être que la suppression pure et simple de la commune qui est la cellule sociale démocratique de base. Face à cette entreprise dévastatrice, la 6e République s’impose avec une nécessité accrue. En Espagne, en France, et la liste pourrait s’allonger, selon des modalités différentes, la démocratie et la reconstruction des peuples est à l’ordre du jour et marchent du même pas.

Jean-Luc Bertet

Jean-Luc Mélanchon sur Europe 1 
le 27/08/2014


Podemos : Inigo Errejon
Rassembler le Peuple